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Quotidien

24 ans et toujours bi

Dans ma vie, je ne sais pas combien de coming out j’ai dû faire. Des dizaines, assurément ? A chaque fois c’est la même angoisse. Est-ce que les mots vont bien sortir ? Est-ce que la/les personne/s en face vont bien comprendre ce que je leur dis ? Quelle sera leur réaction après ??

Je crois que je ne m’y habituerai jamais.
Mais bon.

Bonjour, j’ai 24 ans et je suis une femme bisexuelle.

B.A.BA : être bisexuelle c’est quoi ?

La bisexualité c’est un peu le point de contact entre l’hétérosexualité et l’homosexualité.

d’après la définition de la bisexualité du Wiktionnaire elle est « Le comportement affectif, sentimental et sexuel se caractérisant par le fait d’être autant attiré par les personnes de sexe opposé au sien, que par les personnes de sexe identique au sien. »

« Nous sommes attiré·e·s affectivement et/ou sexuellement par des personnes de toute identité de genre, ou sans considération de genre, que nous ayons ou non des pratiques sexuelles, et nous l’assumons.
Nous ne différons des personnes monosexuelles – hétérosexuelles et homosexuelles – que par cette attirance plurielle. »

MANIFESTE DES PERSONNES BISEXUELLES ET PANSEXUELLES

Grosso modo, je peux être attirée par une personne quelque soit son genre. Je peux l’aimer, avoir des relations sexuelles avec, vouloir fonder une famille avec. Sans que je ne me préoccupe ni de son genre ni de ses organes sexuels.

Simple non ?

En 2015 une enquête nationale a été faire sur la bisexualité en France suite à l’initiative de plusieurs associations LGBT. Elle se retrouve en ligne, sur le site de SOS Homophobie 

Etre ado et bisexuelle début 2010

Je ne sais pas exactement par où commencer. Je sais que je suis bi, je le savais avant même de pouvoir mettre un mot dessus. A 14 ans je savais déjà que j’étais attirée romantiquement et physiquement par les garçons et les filles.

Mais je n’avais pas les armes pour comprendre. Je n’avais pas les mots pour définir ce que j’étais. J’avais bien connaissance que « par défaut les personnes sont hétérosexuelles » (attention, je retranscris ici entre guillemets ce que pensait la petite de 14ans que j’étais, pas la moi de maintenant) et qu’ « il existe des personnes attirées par des personnes du même sexe, mais elles sont très rares ». Ah, et bien évidemment l’homosexualité masculine était clairement établie et existante, mais le lesbianisme ? Très très flou dans ma petite tête d’ado.

Forcément, au début du collège je m’étais déjà mangé des insultes lesbophobes dans la tronche, parce que je ne savais pas trop comment gérer mes relations avec mes camarades de classe.
« Sale gouine », « goudou » et autres. Plutôt violent pour une fille de 11 ans qui sort à peine de la cour du primaire. Surtout de la bouche de filles du même âge.

Alors j’ai fais comme toutes les autres filles. J’ai commencé à contrôler mon apparence, la façon dont j’interagissais avec les personnes et j’ai commencé à m’intéresser aux garçons de mon âge.
Je suis rentrée dans le rang.

Et j’ai fais mon adolescence. Dans une ville moyenne de France. A la fin des années 2000.
Je n’avais pas de portable, un accès à internet très restreint, un entourage hétéro pur beurre. Vous vous en doutez, pour le bébé queer que j’étais ça n’a pas toujours été facile.

Cacher sa bisexualité

Pendant des années j’ai refoulé mes sentiments à l’égard de filles. J’ai rejeté des pans entiers de moi-même. Je savais que je n’étais pas lesbienne. J’aimais des garçons. J’aimais des hommes. Mais j’étais attirée par des filles. De manière récurrente. Alors, j’étais quoi moi, exactement ? Un monstre ? Une gamine coincée le cul entre deux chaises ? Non, clairement un monstre. « Ça n’existe pas les gens comme moi. Je ne suis pas normale. Je suis un monstre et je n’ai pas ma place ici. Il faut que je me cache ».

Et je me suis cachée. J’ai caché mon identité.

Jusqu’au jour où.
J’ai appris ce mot. Ce mot qui a illuminé ma vie.
Bisexuelle.

J’avais 16 ans, j’étais amoureuse d’une fille, et je savais que j’étais NORMALE. Que des gens comme moi existaient. Et que même il y en avait autour de moi. LA FOLIE.
Je pouvais enfin me confier à des ami•e•s proches, accepter ma sexualité, avancer. Ne pas m’outer à tous malgré tout, rester discrète, garder mon passing hétéro, mais j’étais normale.

Et il y a eu 2012, le « débat » du Mariage pour tou•te•s

Je pense que toutes les personnes queers conscientes de leur identité / orientation sexuelle se rappellent de l’horreur que ça a été pour beaucoup d’entre nous. Chaque jour, des personnes à la télévision, à la radio, dans les journaux, pour nous rappeler qu’on n’était pas « la norme ».

Les conversations dans les écoles, les transports en commun, en famille. Toute cette violence verbale, permanente. Ce rejet de notre humanité.
A cette période-là j’ai compris une chose : je ne pouvais pas dire à ma famille que j’étais bisexuelle. Jamais.

Alors j’ai continué ma vie de mensonges, à ne garder auprès de moi que les ami•e•s qui acceptaient mon identité sans l’étaler, ne racontant que mes relations longues et hétérosexuelles à ma famille. A éviter de trop m’attacher à des femmes pour ne pas avoir à fuir ensuite.

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La biphobie au quotidien

J’ai vécu de nombreuses années en couple avec un homme. Par amour, par choix. Mais ce n’est pas pour autant qu’être en relation hétérosexuelle m’a protégé de la biphobie.

Je ne tolère pas les blagues LGBT-phobes, et je me sens particulièrement attaquée par les blagues et insultes lesbophobes. Car, d’une certaine manière, même si je n’étais pas out, c’était moi, une partie de mon identité qui était attaquée.

Et c’est violent, en fait ? Juste, soyez des être humains décents et ne faites pas de blagues oppressives et le monde ira mieux, en fait ?

La biphobie quand on est bisexuel•le et out

Subir de la biphobie quand on est hétéro-planquée c’est différent de subir de la biphobie quand on est out. D’expérience et après de (nombreux) échanges avec des mecs bi, la biphobie est différente lorsqu’elle est dirigée vers un homme ou une femme.

Quand on est une femme bie, on est rapidement déshumanisée et fétichisée.

Je ne compte plus le nombre d’amis, de collègues, de personnes random à m’avoir proposé directement des plans à 3 après avoir eu connaissance de mon orientation sexuelle. Voire ceux qui sont allés carrément féliciter mon compagnon de l’époque car « avec une femme bie, tu dois te faire souvent des plans avec plusieurs filles ! »

Juste non quoi. Stop.

Je pourrais faire un top des pires choses qu’on m’a sorti parce que j’étais bie. À commencer par les :

  • « Tu verras, ce n’est qu’une passade » (surtout à l’adolescence)
  • « La secrétaire avec qui tu es amie est aussi bie, vous couchez ensemble ? »
  • « Mais comme tu es bisexuelle, tu trompes ton mec non ? »
  • « Nan mais vous les bi, on sait bien que vous êtes juste des lesbiennes qui se planquent » avec son pendant « les meufs bi c’est juste des filles qui veulent s’amuser avec des lesbiennes sans avoir aucune conséquence derrière »
  • « Tu dois être insatiable »
  • « Tu es juste une hétérosexuelle qui veut faire semblant d’être LGBT pour être « tendance » »

Les gens ne manquent pas d’air des fois.

Sur Simonae, un article fait un « bingo de la biphobie » et reprend de nombreux témoignages. 

Bisexuelle et fière

Je me dis que j’ai de la chance dans ma vie des fois. Je suis arrivée à une ère où internet s’est démocratisé de manière incroyable. Où les droits LGBT progressent partout dans le monde.
J’ai pu rencontrer des personnes, tomber sur les bonnes ressources pour m’informer sur mon orientation sexuelle et ma sexualité tout court.

Je suis heureuse que le militantisme LGBT existe. Que les jeunes bébés queers aient des endroits sûrs où s’informer. Je suis contente que des militant•e•s s’expriment sur les réseaux sociaux. Que l’information puisse se propager si bien, via le net ou via des centres et assos LGBT.

Maintenant, je sais exprimer ce que je suis. Et je veux pouvoir parler librement de mes histoires d’amour, qu’importe le genre de la personne que j’aime.
J’ai aimé des femmes aussi profondément que j’ai aimé des hommes. Maintenant je ne veux plus le cacher.

Et je ne laisserai plus une seule désapprobation ou insulte sur mon orientation sexuelle passer. Plus une seule.
Vous êtes prévenu•e•s.

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